Red Planet (2000) Dir. Anthony Hoffman

J’ai longtemps craigné de perdre mon temps et mon argent à voir ce film qui figure depuis toujours sur ma liste de visionnement mentale. Peut-être que je suis arrivé à un moment dans ma vie où j’ai si peu d’argent et si peu de temps que l’idée d’en perdre ne me fait plus aussi peur puisque cela ne changerait rien à ma situation. Ce que je craigne plus ces jours-ci, où je suis en plein dans la rédaction de ma thèse et pense de façon obsessive à faire des économies tout en sachant qu'il n’y a plus à en faire, est de ne plus prendre plaisir à regarder des films de S-F de merde. C’est un aspect de moi moi-même que je chéris de plus en plus à mésure que son entretien se déclasse progressivement, insensiblement, dans ma liste de tâches prioritaires. Ce soir, je me sentais envahir par un sentiment de désolation assez profond et tout à fait logique à mon sens étant donné… bref… ne pouvant ni dormir ni écrire ma thèse, j’ai viré $2.99 aux actionnaires de Google pour la privilège de accéder pendant 48 heures à Red Planet. 
 
Pourquoi ce film dont le visionnage ne m’a été conseillé par aucun des algorithmes, ces imitoyables serpents internautiques qui me serrent, qui s’efforcent à me faire visionner des films de qualité avec un taux de réussite très louable malgré mes meilleurs efforts à leur encontre? C’est peut-être qu’en lisant par distraction une critique du nouvel opus de Tom Cruise, Top Gun : Maverick, le nom de Val Kilmer est apparu inopinément sous mes yeux car celui-ci reprend le role de je ne sais plus quel personnage que personne n’avait réellement envie de voir résuscité, qu'il avait incarné dans Top Gun : tout court, film de merde à grand succès des années 80 que je n’ai jamais vu, mais dont la bande-son nous a accompagné (moi et mon père) lors d’un long Road Trip de San Diego à Stanwood quand j’avais 8 ans, dans un Chevy Nova gris-bleu à boîte manuelle. 
 
Val Kilmer joue le rôle principale dans Red Planet. Il est membre de l’équipage du Mars One, navette spatiale à destination de la planète Mars. Leur mission : enquêter sur la disparition mysérieuse des algues envoyés une décennie auparavant par la NASA pour lancer la biosphérisation de la planète, opération de dernier recours pour sauver l’humanité qui s’achevera sous peu à inhabitabilizer la Terre. La NASA a donc jugé bon d’envoyer l’un des plus grand stars de cinéma des années 90 au crépescule de sa célébrité incarner un membre de l’équipage de cette mission de la plus haute-importance sans lui accorder un rôle précis si ce n’est de draguer la capitaine Kate Bowman en présence des autres membres de l’équipage —  Ted (pilot, tête-brûlée, coureur de jupons), Bud (chirurgien, philosophe amateur, Terrance Stamp), Quinn (geneticien, gros et drôle en principe), et Chip (expert sur la biosphérisation, poltron). Alors que la navette entre en orbite autour de la planète Mars, l’une des phénomènes astronomiques les plus prévisibles, une éruption solaire, prend les locataires du Mars One au dépourvu. La navette s’en sorte fortement endommagée, ce qui contraigne la Capitaine Bowman de rester seule à bord pour lancer manuellement la nacelle d’amarsissage. Dès lors, la narration suit en parallel le sort de l’équipe de débarquement et celui de Bowman. Heuresement pour le spéctateur écervelé à qui ce film est sensiblement destiné, toutes les outils scientifiques sont détruites par un amarsissage catastrophique et spectaculaire qui élimine en prime le philosophe amateur Bud dont les réflexions sur la science et la réligion auraient émoussées l’affrontement des égos masculines des survivants bien moins portés à l’introspection. Alors qu’ils viennent à bout de leur stock d’oxygène, trouvant décimée la base martienne déployée en amont de la mission habitée par un phénomène que le scénario oublie d’éclaircir, ils découvrent que l’atmosphère est respirable… mystère qui se dévoile à mésure que les survivants sont dégommés un par un, par ordre de célébrité croissant, par le robot d’assistance “Aimee” que l’éruption solaire avait fait basculer irrémidiablement en mode “militaire”, tout comme le film. Val Kilmer seul finit par s’échapper en réutilisant une nacelle de recherche abandonée par un scientifique Russe en 1997, voire 50 ans avant la mission Mars One. Il rejoigne vaissau-mère 5 minutes avant que l’ignition des propulseurs ne la lance sur sa trajectoire de retour vers la terre dans une scène qui est franchement hyper-bien faite. Le très impressionable Kilmer se sorte de cette expérience avec une attitude dubitive envers la science, se rappelent de sa conversation avec Bud au début du film qui de toute évidence l’avait enculqué insidieusement d’une foi religieuse. Fraichement converti à la doute très peu cartisienne, il se lie d’amour avec la scientifique Bowman, et s’en retourne sur une terre surpeuplée à mort pour propager l’éspèce — un dénoument pétri de contresens comme seul hollywood sait les faire.  
 
En vrai, je me suis bien éclaté. Le effets spéciaux sont plutôt bons, mélangant à bon escient des effets pratiques et numériques qui restent convaincant aujourd’hui — disons même plus car la marvelisation du cinéma de science-fiction a retardé le progrés de la représentation réaliste des voyages dans l’espace. Faute d’idées, il y a de belles images qui se succèdent comme un chapelet de l’âge d’or de la science-fiction — un paysage martien expansif reverdi par les algues biosphérisants, l’amarsissage raté, l’ascention et l’interception de la nacelle russe réconvertie qui n’a rien à envier en termes de réalisme à Seul sur Mars de Ridley Scott. Planète rouge a pourtant beaucoup à envier à Europa Report qui a su combiner des images fortes avec une véritable sens d’émerveillement qui évite de basculer inscrupuleusement dans la technophobie et de recourir aux lieux communs de la cinéma hollywoodien en réaffirmant les valeurs de l’idéologie conservatrice.
 
À voir absoluement ou pas.  

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